Skip directly to content

Antibuzz : bilan et réflexion sur l'écriture transmédia d'une émission de radio

on Mardi 28/08/12 12:01

Tous les samedis de l'été 2012 sur France Inter, de 9h à 10h, Antibuzz a traité de questions numériques. L'idée de départ était de s'éloigner de la technophilie-gadgetophilie, de la vidéo-à-ne-pas-manquer ou (encore pire) de l'angle systématique des “dangers” (de facebook, des lolcats, des jeux vidéo - cochez la case). Entre les invités et les chroniques, on souhaitait plutôt évoquer des sujets émergents pour donner quelques repères dans un monde numérique en mouvement constant, et faire entendre la culture "pop" du web (références qui débordent le net, "mèmes" à déconstruire, petites histoires de comportements en ligne). 

Bref, en l'espace de 9 émissions, il a été question de l'open-data, des pirates, des innovations en cours, du surf comme métaphore de l'homme connecté, de littérature, de géopolitique, de la forme d'internet, d'école... En alternant des sujets plus abstraits et d'autres plus directement appliqués, on a essayé de faire un tour du domaine, même si l'on n'a pas pu traiter de tout ce qu'on voulait (le droit à l'oubli, les nouvelles technologies et l'environnement, le porno, etc !).

 
Une interview à un ou deux invités, deux chroniques en direct (tournaient ainsi Julien Goetz, Anne Jocteur Monrozier, Florent Maurin, Thibault Lefèvre), une chronique poétique enregistrées/mixée à l'avance (Solange lit tous nos tweets), le coup de fil d'un vrai-faux auditeur (Jean-Cloud), trois disques : c'était le contenu systématique de chaque émission.
 
L'émission broadcast et la déclinaison en ligne pensées en même temps. 
L'idée d'un mini-site dédié à l'émission avait été pensée dès avant la première. On a pu y trouver tous les tweets estampillés Antibuzz, l'émission elle-même à écouter, et tous les éléments qui l'ont composée à l'unité. La colonne de droite du site comprend un Storify (empilement d'éléments, tweets, vidéos...), présenté comme "l'histoire d'une émission en train de se faire". Ainsi dès le mercredi, apparaissait le Storify de l'émission du samedi suivant avec un texte de présentation du thème et une photo avant qu'au fur et à mesure, les éléments, liens, vidéos liés au thème principal ou aux chroniques s'ajoutent. En fin d'été, Marie Berthoumieu a même réalisé un Storify bonus reprenant les vidéos de tous les disques que nous avions diffusés pendant l'été. Le Storify est devenu le lieu où l'on partageait les liens complémentaires à l'émission.
 
La "politique" Soundcloud. 
Assez naturellement, Antibuzz a rejoint la présence massive de France Inter sur Soundcloud. Tout de suite, il a été décidé de proposer sur Soundcloud l'émission dans son intégralité ET de découper ce qui était découpable : les chroniques, le billet de Solange, la question de Jean-Cloud. A cela s'est tout de suite ajouté un bonus en ligne que je signais : "La revue de tags", qui consistait en un billet de 2' à 2'30'' éditorialisant le palmarès hebdomadaire des mots-clés ou hashtags sur Twitter et des requêtes Google. Cette revue de tags était diffusée via soundcloud vers 12h le samedi même. A partir de fin juillet, nous avons produit un 2e bonus : le message du Professeur Troll. Il s'agissait d'un vrai-faux commentaire critique d'après-émission, émanant d'un vrai universitaire, enregistré dans la foulée (format 2'30/ 3'30''). Celui-ci était diffusé sur Soundcloud le lundi à la mi-journée. Tous les sons Soundcloud étaient repris, à des degrés divers, par tous les participants de l'émission, et essaimaient de ce fait sur les réseaux – y compris à travers les comptes Twitter et Facebook de l'émission, et avec une très grande régularité à travers ceux de France Inter. Ces deux bonus, fabriqués dans la foulée du direct, étaient réalisés par Bertrand Chaumeton puis Adèle, les deux réalisateurs qui se sont succédés aux manettes de l'émission.
 
Quelle écoute ?
Il convient de rappeler que l'écoute broadcast est celle qui fait le plus réagir en ligne. Le nom Antibuzz apparaissait à chaque émission dans les Trending Topics de Twitter, les échanges étaient nombreux, on reprenait quelques tweets au fil de l'émission pour les intégrer à la conversation avec l'invité. Pour être clair, le travail post-émission, auquel prenaient part non seulement Marie Berthoumieu et moi, mais aussi les deux chroniqueurs du jour et les réalisateurs, prenait facilement deux à trois heures après l'émission : pour compléter le Storify, répondre aux tweets des auditeurs, aux messages sur le site, et mettre à disposition les sons sur le site de France Inter et sur Soundcloud. Les échanges post-broadcast dans la semaine étaient réels mais plus ponctuels. On constate néanmoins, et jusqu'à aujourd'hui, que la mise à disposition des sons sans date de "péremption" permet aux auditeurs d'écouter les émissions plus anciennes, et ils le font savoir. Sur une émission comme celle-ci, où l'accroche d'actualité est minimale (même si le contenu est appelé à vieillir, bien sûr), il est bon de se dire que c'est possible et facilement faisable. A noter, cependant, que le système de commentaires du son, facile sur Soundcloud, n'a pas été énormément utilisé par les auditeurs. Certains chroniqueurs en ont tout de même usé pour compléter leurs chroniques et y intégrer les liens visibles et des précisions (lien vers une page au moment où on en parle). Un mode d'emploi à suivre !
 
D'autres indices d'écoute.
Au-delà des marques d'écoute précise, les réseaux sociaux ont permis d'avoir d'autres indices de l'écoute de l'émission. Ainsi, via Twitter, un auditeur (une auditrice ?) anonyme demandait si derrière le personnage de Jean-Cloud ne se cachait pas le comédien Arnaud Tsamère (la réponse est non). Ou alors un sociologue des nouveaux médias, Antonio Casilli, racontait qu'on lui avait demandé déjà trois fois s'il n'était pas le professeur Troll et qu'il était sur le point de répondre oui (et pourtant, la réponse est non là aussi). Au-delà de ces anecdotes (qui montrent bien que l'émission et ses coulisses se poursuivent au-delà de la petite heure de diffusion), les auditeurs-twittos (et un peu sur Facebook aussi, mais nettement nettement moins) ont contribué, échangé avec nous et entre eux, envoyé une multitude de liens et d'exemple (au point qu'il n'a pas été possible de tout explorer dans le détail).
 
La #Telp ou le vrai transmedia ?
Nous avons terminé l'été par une Tentative d'épuisement d'un lieu parisien (Telp), sur le modèle de Perec, à plusieurs et sur tous les réseaux possibles. Tout le monde était invité à participer, membre de l'équipe de l'émission ou pas. Au-delà du côté "performance", et de ce que ça peut ouvrir dans l'utilisation des réseaux (on n'a pas encore tout débriefé au moment où j'écris ces lignes), on constate que cet événement hors-antenne, mais estampillé #antibuzz, annoncé rapidement en début de dernière émission, et hébergé-localisé sur le site de France Inter, a bien été compris comme une émanation et une poursuite de l'émission sous une autre forme. 
 
Antibuzz, émission d'équipe qui s'entendait à l'antenne, a réussi à mobiliser autour de son identité d'émission de radio... en-dehors et au-delà de la radio, sur les réseaux. Editorialement, l'événement était relativement éloigné de ce qu'on avait traité, mais dans l'esprit (ouverture, partage, équipe, poésie...) il était en continuité. En ça, il y a eu une autre forme de transmédia. 
 
Thomas Baumgartner

Commentaires

Félicitations pour cette série d'émissions. Vraiment. Vous avez fait oeuvre de pédagogie, sans prendre #lesgens pour des cons, ce qui est suffisement rare pour être hyperlinké. 

En espérant que d'autres services publics auront le bon goût de forker vos conduites. 

Si certains souhaitent nous forker, j'espère qu'ils préviendront ;))

Merci des encouragements !

Juste une question : pourquoi ça s'arrête ?
Je sais, c'est une émission d'été, France Inter... la grille de rentrée... les grandes émissions de l'antenne, les animateurs vedettes... on débute, il faut faire ses preuves... on a d'autres projets pour l'instant......
Bon. Mais tout de même. Et nous auditeurs ?
Pourquoi faut-il absolument interrompre ce qui nous plaît ?
 

C'est sympa de discuter sur Twitter, même si l'intéraction pourrait être encore plus grande... merci en tout cas de mettre les émissions à disposition pour tous ceux qui découvrent cette série.

Louer un bureauMais pour moi ce côté "crowdsourcing" est fascinant et assez effrayant... car la moindre erreur ne pardonne pas! Ce qui a du bon, lorsqu'on cherche à vérifier des informations

Post new comment